Antoine Bordier : Samedi dernier, alors que la France manifestait, en tout cas une partie de la France, vous avez reçu la Médaille de vermeil par la Société académique des ARTS-SCIENCES-LETTRES. Ce prix honore qui : le peintre ou l’auteur ?
Alexis Chartraire : J’ai reçu cette récompense en tant que peintre. C’est ma première médaille de l’ASL. Je suis très touché d’avoir directement obtenu le vermeil et je remercie l’ASL.
Dites-nous-en un peu plus sur cette remise de médaille qui avait lieu dans les salons prestigieux de l’hôtel Intercontinental Grand Paris. Est-ce vrai qu’il y avait foule, plus de huit cents personnes ? C’est considérable pour un tel évènement, en raison de la situation actuelle du chaos. Il est passé sous les radars médiatiques, n’est-ce pas ?
Oui, les photos de la cérémonie en témoignent, nous étions très nombreux à être venus malgré les difficultés que vous décrivez. Comme tous les ans, l’ASL a organisé son palmarès dans un endroit des plus prestigieux. Auparavant, cela se passait au Sénat. Les radars des médias officiels n’ont peut-être pas remarqué cette cérémonie, qui pourtant a honoré des personnalités de haut rang, mais l’on a pu noter la présence de délégations officielles du Japon – un ministre était présent – ainsi que de l’Espagne. L’association du meilleur ouvrier de France a été mise à l’honneur, également.
Il est bon de noter que la cérémonie est très médiatisée sur les réseaux sociaux où je suis présent, Facebook, Instagram et beaucoup d’autres.

Quelles ont été les autres personnalités honorées et les autres prix remis ?
La Grande médaille d’or avec plaquette d’honneur, qui a déjà honoré de grands noms, comme Théodore Monod, Robert Debré, le cardinal Marty, Olivier Messiaen, Jacques-Yves Cousteau, le docteur Christian Cabrol, le professeur Bernard Debré, Fabrice Lucchini, Jean d’Ormesson, André Dussolier, Simone Veil, Jean-Louis Etienne, Boris Cyrulnik… et bien d’autres encore.
Cette année, trois grandes médailles d’or ont été remises : à la cantatrice Maria Costanza Nocentini, au président honoraire des meilleurs ouvriers de France, Jean-François Girardin, et à Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des monuments historiques, chargé de la restauration, puis de la reconstruction de Notre-Dame de Paris depuis 2013.
Plus d’une centaine de personnes, des scientifiques, des médecins, des artisans d’art, des écrivains et des artistes ont reçu samedi une médaille de l’ASL, de platine, d’or, de vermeil, d’argent, d’étain ou de bronze.
La Société académique des ARTS-SCIENCES-LETTRES est une honorable vieille dame, qui est plus que centenaire. Comment fonctionne-t-elle et comment choisit-elle ses heureux médaillés ?
Les candidats doivent être parrainés pour pouvoir adhérer et prétendre à une médaille. Un dossier, comprenant un extrait de casier judiciaire vierge, est transmis à une commission. Les décorations peuvent être retirées en cas de condamnation ou de faute grave.
Il nous est possible de prétendre à une décoration dans une autre discipline, par exemple en littérature pour ce qui est mon cas. Un délai de plusieurs années est nécessaire pour demander un grade supérieur.
Le grand public vous connaît peu. Pourtant vous avez déjà été honoré par d’autres prix. Il y a un an, vous receviez le prix Lelivredart Salon d’Automne 2025. De quoi s’agit-il ? Et, répondez à cette question : Qui est Alexis Chartraire, un homme de pinceau et de plume, ou le contraire ?
Ah, ah ! C’est une question compliquée. Je vais tenter de répondre clairement. Je suis un artiste auteur et peintre. Je peints depuis une vingtaine d’année et je suis devenu auteur en 2018. Le pinceau a entraîné la plume, puisqu’à la suite de la réalisation d’une copie du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault, j’ai écrit et publié une biographie romancée : Théodore Géricault – Cavalcade. Après cette première expérience dans le monde littéraire, et sur les conseils de mes lecteurs, je me suis mis à écrire des romans. J’en ai publié six.
Ce qui est passionnant, c’est que ces deux mondes sont complémentaires. Peindre et écrire sont deux de mes moyens d’expression.
Chaque année, l’éditeur Lelivredart, qui publie des livres d’artistes, décerne à l’occasion du Salon d’Automne international de Paris un prix à dix-sept artistes, un par section. Un livre est publié, chacun disposant d’une double page de présentation (une notice et deux photos d’œuvres).
Si je vous suis bien, vous menez une quadruple vie : celle de l’écriture, celle de la peinture, celle des salons artistiques et littéraires et celle des prix. Du coup, quelle est la journée type d’Alexis Chartraire ? Passe-t-il des nuits blanches dans son atelier ?
Non, fort heureusement (sourire) ! Je découpe mes journées en séquences, d’autant qu’il y a aussi la vraie vie… En ce qui concerne la peinture, comme je pratique l’huile qui nécessite des temps de séchage, je peins deux fois par semaine. L’écriture trouve sa place souvent en début d’après-midi. J’ai développé une méthode me permettant de m’interrompre sans risquer de perdre le fil.
J’apprécie les salons, qu’ils soient littéraires ou artistiques, car ils sont un moment de rencontre et de partage avec le public. C’est important : ces métiers nous imposent un côté ascétique, presque monastique. Nous sommes seuls devant la page blanche ou la toile. Je travaille en musique pour ne pas être perturbé par l’environnement extérieur, malgré le fait que j’habite à la campagne. C’est une chance !

Avant de conclure, parlez-nous de vos artistes et auteurs préférés. Parlez-nous de celles et ceux qui vous inspirent. Qui sont-ils ?
Du côté de la peinture, j’ai toujours été attiré par les artistes du XIXe siècle. Au cours de mon parcours de formation – je suis un autodidacte –, je me suis efforcé de peindre des œuvres d’artistes qui m’inspiraient. Je peux citer Géricault, dont j’ai déjà parlé, Caillebote, Cézanne, Monet, Van Gogh.
En ce qui concerne la littérature, j’aime particulièrement Alexandre Dumas, Aldous Huxley, George Orwell, et aussi de nombreux auteurs américains de science-fiction, comme Arthur C. Clark ou Fredric Brown.
C’est très intéressant, mais il nous faut, hélas, déjà conclure. Quel est votre agenda pour cette fin d’année, et quels sont vos projets pour 2027 ? Dernière question en aparté : entre-nous, arrivez-vous à vivre de votre pinceau et de votre plume ? Recherchez-vous des mécènes ?
Il faut être honnête. Personne ou presque ne vit aujourd’hui de sa plume ou de son pinceau. En ce qui me concerne, j’ai d’autres sources de revenus.
Comme chaque année, l’agenda se remplira doucement au fil du temps. En cette année électorale, il y aura peu de salons intéressants au printemps, faute de public. En ce qui concerne la peinture, je vais terminer 2026 avec une exposition individuelle au château de Lagor en Charente-Maritime. C’est un prix que j’ai gagné en février lors d’une exposition dans la galerie Thuillier qui était dans le 3e arrondissement de Paris. Elle a fermé, son propriétaire ayant pris sa retraite.
Je suis peu renommé du grand public, mais je me suis suffisamment fait remarquer dans le monde de l’art pour que l’on me propose régulièrement des expositions en France et à l’étranger. J’ai d’ailleurs été obligé de renoncer à certaines propositions faute de budget. Envoyer des œuvres sur un autre continent est très coûteux.
Effectivement, il faudrait que je trouve un mécène, peut-être un partenariat avec une galerie. Cela me libérerait du temps pour créer davantage.
En ce qui concerne les livres, je suis beaucoup sollicité, surtout depuis la sortie de mon dernier roman d’aventures Le mystère de la plume d’or, publié en avril chez Inanna, dont le personnage principal est Théodore Géricault…
J’aimerais bien rencontrer un agent artistique, et/ou littéraire, afin de sortir de la solitude de mon atelier. Les artistes auteurs sont obligés de tout faire, gérer leur carrière tout en produisant des œuvres. C’est la face cachée de nos métiers. Des métiers passionnants !

NDLR : Au moment où nous publions cette interview, nous apprenons qu’Alexis a une cinquième vie : celle d’informaticien. Peut-être que, plus tard, nous le retrouverons sur des sujets liés à l’intelligence artificielle. « C’est une vraie concurrence déloyale », a-t-il souligné lors de notre dernier entretien téléphonique, avant d’ajouter : « Une concurrence pour tous les métiers créatifs », ajoute-t-il. Terminons par un scoop, mais ne le dites à personne : Alexis va reprendre sa plume d’auteur pour aborder ce sujet qui nous concerne tous. À suivre, donc…
Le mystère de la plume d’or, chez Inanna Éditions
L’histoire explore une uchronie où le dauphin de Louis XVI et de Marie-Antoinette aurait survécu. En 1818, le peintre Théodore Géricault rencontre Alexandre Corréard à la librairie Au rescapé de la Méduse. Mandaté par une mystérieuse missive chez la comtesse Amoradine d’Ermont, il se lance alors dans une quête épique sur les traces des Templiers de Gisors à la recherche de la fameuse plume d’or royale. Une véritable chasse au trésor romanesque…
Interview réalisée par Antoine BORDIER, auteur de la pentalogie Arthur, le petit prince
Copyright des photos A. Chartraire, ADAGP 2026, Société académique Arts-Sciences-Lettres
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